Ah, la diversification... un mot bien barbabre pour parler d'une étape qui, bien que parfois vécue comme étant source d'inquiétude ou de mélancolie (mon toupetibébégranditroviiiiite...), reste malgré tout la découverte d'un éventail de plaisirs...

Petite louloute a aujourd'hui 6 mois. Cela fait maintenant 2 semaines qu'elle a goûté autre chose que du lait (en l'occurence, le lait de môman!). Deux semaines au cours desquelles beaucoup de progrès ont eu lieu, beaucoup de tâches aussi, beaucoup d'expériences... et beaucoup, beaucoup de joie. 

A travers cet article, je vais d'abord aborder la place de l'acte alimentaire dans notre quotidien, puis le moment de la diversification, et enfin plus spécifiquement le principe de la Diversification Menée par l'Enfant (mais koikecé???).

téléchargement

 

L'acte alimentaire: un moment avant tout de PLAISIR

Vous l'avez peut-être déjà lu, je travaille en santé publique. Lorsque je suis amenée à travailler sur l'alimentation et que je demande aux personnes face à moi de me définir ce que c'est, j'ai droit à tout un tas d'idées (pertinentes, hein!). On me parle du besoin vital, de l'importance d'équilibrer ses apports, du risque d'obésité... Bref, que des choses assez peu funky. Et cela ne m'étonne pas. Non, cela ne m'étonne pas qu'on ait tous des représentations très "médicalisées" voire négatives de l'alimentation, comme s'il s'agissait d'un maladie, comme s'il fallait mesurer et quantifier tout un tas de choses, comme s'il fallait constammer redouter de mal faire. Parce que ces derniers temps, on ne parle d'alimentation que dans le but de prévenir certaines pathologies comme le diabète, l'obésité, les maladies cardio-vasculaires... Et si on regardait un peu les choses sous un autre angle? Un angle positif, pour changer? 

Parce que l'alimentation, c'est bien plus que ça. Personnellement, lorsque je suis à table, je ne pense pas aux différents nutriments que j'ingère... 

Manger, c'est certes un besoin vital, mais c'est aussi un acte social. Il est évident qu'on prend bien plus de plaisir à préparer un plat et à le déguster lorsqu'on est acommpagné de ses proches que lorsqu'on est tout seul face à sa télévision. Manger, c'est le partage, c'est l'échange avec l'autre. C'est un moment provilégié où l'on cesse de courir pour se raconter sa journée, discuter de tout et de rien, et tout simplement prendre le temps d'être ensemble, même une demi-heure.

Manger, c'est quelque chose qui fait du bien, et qui requiert tous nos sens: la vue (une belle présentation est plus appétissante que de manger à même la casserole), l'odorat (humer les vapeurs épicées d'un plat ouvre bien souvent l'appétit), le toucher (la texture des aliments dans la bouche qui plait plus ou moins), l'ouïe (le bruit de la mastication a lui aussi un rôle très important dans le plaisir que l'on prend à manger!) et bien évidemment le goût. Différentes études révèlent d'ailleurs que nous développons une appétance pour les aliments ou plats répondant à des besoins bien précis de notre corps. Quel plus bel exemple que ce besoin irrépressible de chocolat alors que l'humeur est maussade, tout simplement parce qu'on manque un peu de magnésium?

La notion de plaisir est PRIMORDIALE dans l'éducation à l'alimentation. Le plaisir d'être ensemble, de faire plaisir à l'autre en préparant ce qu'il aime, le plaisir de déguster un plat que l'on adore, le plaisir de choisir des aliments sains, le plaisir de transmettre une part de notre culture à nos enfants par le biais du repas... 

De ce fait, il me semble bien dommage et même néfaste de ne pas accorder à ce moment toute la place et le temps qu'il nécessite. Dans la mesure du possible, nous devrions consacrer plus de temps aux repas, surtout pour nos enfants: c'est également un moment privilégié pour bien des apprentissages: la politesse, la découverte des saveurs, apprendre à utiliser ses couverts, à bien mastiquer, découvrir comment ont été préparés les aliments... 

 

Quand faut-il commencer la diversification?

 

images

 

Les recommandations institutionnelles actuelles conseillent de débuter l'introduction d'aliments solides vers l'âge de 6 mois. Plus précisément, il existerait un "créneau" favorable se situant entre 4 et 8 mois pour familiariser l'enfant avec l'alimentation solide en prévenant au maximum les risques d'allergies alimentaires. Ces données sont des moyennes, et sont destinées à une population. Chaque enfant est bien sûr différent, se développe à son propre rythme. S'il faut avoir dans un coin de sa tête ces recommandations en guise de repère, elles ne sont pas pour autant à appliquer au pied de la lettre et surtout, il ne s'agit là que d'une donnée X valable à un instant T. 

Alors du coup, comment savoir s'il est temps de diversifier babichou?

Si vous avez lu d'autres articles de ce blog, vous avez du constater que je suis assez fervente du "bon sens" et de l'observation de son enfant. Personne d'autre que vous n'est mieux placé pour observer, décoder, interpréter et répondre aux besoins de votre enfant. C'est vous qui le connaissez le mieux et qui prenez des décisions pour lui. Il est important d'avoir confiance en votre jugement.

Je vais vous présenter l'exemple de ma petite louloute: Dès l'âge de 3 mois, petite louloute a pris grand plaisir à participer aux repas familiaux. Installée généralement sur les genoux de son père (ou pendue au sein de sa mère, qui galère à manger sans en mettre partout en même temps....) elle a pu observer à sa guise ce qui se passait, écouter nos conversations, et son père prenait grand soin de lui faire sentir ce que nous mangions (oui, c'est son grand truc, même le brie y est passé). Rapidement, est arrivé l'âge de la préhension: petite louloute a su attraper ses jouets, puis les passer de main en main, les porter à sa bouche et découvrir le plaisir de sucer des formes plus ou moins dures/molles/lisses... A table, elle a donc commencé à vouloir saisir nos couverts, les aliments dans notre assiette. Et puis vers 5 mois, elle a carrément porté un intérêt très particulier à ce que nous amenions à nos bouches. Elle suivait d'un regard captivé le trajet de la fourchette jusqu'à la bouche de son père, et opérait alors une certaine contorsion afin de ne rien manquer du spectacle (c'était assez cocasse). Et c'est à 5 mois et demi qu'elle s'est mise à gémir, à baver à la vue des aliments, et qu'elle a tenté de s'emparer de la fourchette pour goûter, elle aussi, à ce plaisir inconnu. C'est à ce moment là que nous nous sommes dit qu'elle était prête. Visiblement, elle avait intégré l'idée que nous ne mangions pas comme elle, qu'il existait de nouvelles choses à goûter, et elle avait envie d'y prendre part elle aussi, nom de nom! 

Très naturellement, nous avonc commencé à lui faire goûter certains aliments. Sucer une feuille de salade (ça l'a occupée un moment!), lécher un bout de pomme, de banane, mordiller un bâton de carotte crue... Très simplement, nous lui avons présenté les aliments que nous avions préparés pour nous, sous une forme qui lui soit plus adaptée. Et nous l'avons laissée faire, attraper ce qu'elle souhaitait, gôuter, reposer, repousser. 

A mon sens (je rappelle que je ne suis pas votre pédiatre, hein), je dirais que les signes annonçant que bébé est prêt sont les suivants:

- commence à se tenir assis

- attrape les objets, les porte à la bouche

- porte de l'attention au moment du repas

 

Mais en fait, la diversification, ça démarre encore plus tôt, dès la naissance. Si vous allaitez, sachez que dans votre lait, le bébé retouve la saveur des aliments que vous avez consommés (comme le foetus dans son liquide amniotique!). Il semblerait que l'allaitement "aide" la diversification puisque le bébé connaît déjà différents goûts, mais rien n'est prouvé sur un plan scientifique. Dès les premières semaines, le bébé assiste aux scènes du quotidien, voit ses parents cuisiner, manger, et l'apprentissage démarre ici. Si je peux me permettre un conseil, n'hésitez pas à faire participer votre tout petit bébé à ces temps-là, n'ayez pas de crainte à ritualiser le repas car les bébés ont besoin de schémas, ils identifient très tôt des scènes de vie dans leur quotidien qui les rassurent (le moment du bain, la tétée, la promenade...).

Si l'on se base donc sur cette idée que c'est l'enfant qui envoie le signal qu'il est prêt, on admettra que ce moment puisse être différent d'un bébé à un autre: si le petit de la voisine a tenté de piquer le quignon de pain de sa soeur à l'âge de 5 mois, peut-être que votre petit trésor ne voudra voir rien d'autre que le sein ou le biberon pendant encore quelques semaines. Et ce n'est pas inquiétant. N'oublions pas que durant la première année, l'objectif de la diversification est de familiairiser l'enfant avec de nouveaux aliments, de démarrer doucement un apprentissage, mais le lait reste son aliment principal. Donc peu importent les quantités, les fréquences, ce qui compte c'est que cela fasse plaisir au tout petit. Car il est le mieux placé pour savoir ce dont il a besoin, et parce qu'il serait quand même bien dommage de lui communiquer plus de stress que de plaisir...

 

La D.M.E... C'est cela ouiiiiii....

 

Résultat de recherche d'images pour

 

Puisque l'enfant manifeste qu'il a l'envie de goûter quelque chose de nouveau, en toute logique il doit pouvoir nous guider également pour savoir qui lui donner, comment, en quelle quantité. C'est sur cette idée que se base la Diversification Menée par l'Enfant. Le principe, c'est qu'on laisse le petit se saisir des aliments sélectionnés avec soin par les parents, et qu'on l'autorise à goûter en toute autonomie, sans guetter la quantité ingérée. Autonomie ne veut pas dire qu'on ne surveille pas, hein. On reste près de lui, on veille à ce quil ne s'étrangle pas, on lui montre aussi. Mais on ne force pas. On en revient encore à l'éveil des sens, bébé voit les couleurs, touche, attrape, échape. Il tête, suce, mord, lèche. Il sent, fait parfois la moue. Il fait ses découvertes, en imitant ses parents. 

Concrètement, ça donne quoi? C'est simple finalement. Vous faites des carottes râpées? Proposez à bébé un bâtonner de carotte assez gros pour qu'il puisse le tenir. Ou même une carotte bouillie qui sera plus fondante. L'idée est de présenter des aliments les moins transformés possibles. Pas de purée, de compote, de velouté ou de soupe. Un aliment brut, cru ou cuit à la vapeur, sous sa forme la plus intacte possible. Déjà parce que c'est intéressant sur un plan nutritionnel puisque toutes les vitamines, minérau et fibres sont présent en plus grandes quantités, mais également intéressant sur le plan éducatif puisque le tout petit visualise et manipule un aliment dans son intégralité, découvre sa texture, sa forme. Un peu plus intéressant en somme qu'une cuillère qu'on enfourne dans la bouche sans même voir ce qu'elle contient...

Alors la DME c'est chouette, c'est clair. Mais il y a cependant de petits inconvénients... Déjà, il faut du temps. Du temps pour laisser bébé faire son truc à sa guise. Et de la patience, car il en met... partout. Oui, il jette parfois les morceaux qu'on lui a présentés. Il recrâche, émiette, étale... Très clairement, le repas se finit par un bain, chez nous. Louloute en a dans les cheveux, dans le body, c'est le carnage. Alors c'est sûr que si on est un peu pressé ou hyper maniaque, c'est pas forcément l'idéal. Autre petit tracas que nous avons rencontré: n'étant pas maman au foyer, j'ai dû repartir au front (oui oui) et confier petite louloute à Tatanounou. Elle est super Tatanounou, mais elle a besoin de savoir quelle quantité donner. Et puis elle a d'autres enfants à gérer, je peux pas lui imposer de consacrer une heure rien qu'à la chair de ma chair en laissant les autres dans leur coin... Chacun son rôle quoi. Donc pour Tatanounou, je prépare des ti pots. Je cuits à la vapeur et mixe des purées fines (louloute n'a pas de chicots!). J'insiste bien sur le fait qu'elle peut manger ce qu'elle veut, qu'il ne faut pas forcer. Et cela se passe très bien... Donc c'est vrai, la DME cela demande d'être disponible, d'avoir un peu de temps devant soi et d'être en mesure de se déconnecter des idées de portions. C'est un peu dans la suite logique de l'allaitement à la demande finalement. On en compte pas, on ne regarde pas sa montre, on écoute juste son enfant en fait...

 

PS: Aux mamans allaitantes qui ont la larme à l'oeil à l'idée que bébé s'émancipe du sein sacré... C'est vrai qu'on ressent un petit "quelque chose" à l'idée que nous ne soyions plus la seule et unique à pouvoir nourrir ce cher ptit trésor. On prend conscience que l'autonomie démarre... Mais quel plaisir, après avoir vu son bébé tout curieux se régaler d'un nouveau légume, de le voir revenir gaiement vers le sein pour une tétée dessert-réconfort, comme pour assimiler calmement et sereinement toutes ces nouvelles découvertes. Non, la diversification n'est pas nécessairemtn la fin de l'allaitement. C'est une nouvelle étape de l'allaitement. Toute aussi belle.